L'habitat éco-responsable

Construction bois et développement durable au quotidien

Je vous avais signalé l’article « Y’a pas mieux que les systèmes passifs« . Son auteur, Olivier Martinez est bien placé pour parler des systèmes passifs et plus généralement de la maîtrise de l’énergie dans la construction, c’est son travail. Au sein d’Enerco Conseils il oeuvre pour « réinventer un habitat plus économe, plus confortable et plus sain ». J’ai voulu en savoir davantage sur le rôle de ce professionnel. Olivier Martinez nous parle donc de son métier et de la conception qu’il en a.

  • Pouvez-vous présenter votre métier et votre rôle dans l’élaboration d’un projet en tant qu’énergéticien?

O.M. : Mon rôle dans l’assistance à la conception que je propose -pour les petits comme les gros projets, pour le privé comme pour le public- est celui d’un conseiller scientifique à vocation environnementale qui a toujours en tête que la performance énergétique est essentielle et indispensable (mais pas suffisante).

J’interviens pour améliorer la qualité environnementale des projets avec les mêmes outils que n’importe quel qualiticien : des analyses aux niveaux stratégiques et tactiques, en amont des solutions techniques qui seront proposées à l’échelon « opérationnel ».

J’aide les concepteurs et maîtres d’ouvrage à se détacher de la problématique technologique en me focalisant sur les objectifs et en proposant des solutions tactiques plutôt que des technologies qui viendraient réparer ce qui aurait été mal conçu.

Parce que dans la basse et très-basse-énergie, contrairement à la construction conventionnelle, la performance recherchée est si élevée qu’il n’existe pas de technologies réparatrices suffisamment pointues pour pallier à une conception qui n’aurait pas été le fruit d’une telle concertation.

  • Quels sont les meilleurs moyens de faire des économies d’énergies lors d’une construction?

O.M. : Ce n’est ni glamour ni inaugurable, mais le plus efficace c’est aujourd’hui encore l’isolation, dans le neuf comme la rénovation. Certains particuliers se demandent si mettre 10 cm d’isolant sur leurs murs, ce n’est pas un peu trop, mais dans le passif on est couramment à 25 ou 30 cm! En réalité, il ne faudrait pas non plus croire qu’il suffit d’emmitoufler sa maison, surtout si elle est ancienne, sous 30 cm de laine de verre pour ne plus rien consommer, on s’exposerait à des déconvenues. Mais de façon générale, la super-isolation est la première pierre de la sobriété énergétique.

La seconde pierre, c’est le soleil. La seule toiture d’une maison reçoit chaque année bien plus d’énergie que ce que vous consommez en chauffage : un toît lillois reçoit l’équivalent de 5 fois la consommation de chauffage de la maison « conventionnelle » qu’il couvre et même plus de 40 fois s’il s’agit d’une maison passive.

Enfin, je m’arrêterai avec la troisième pierre : un peu de matière grise :)

  • Parmi vos domaines de compétence : l’éco-conception et le bioclimatisme. Comment définiriez vous ces notions?

O.M. : Comme tous les termes qui commencent en « éco », on peut mettre un peu tout, et parfois rien, dans l’éco-conception. Éco-concevoir pourrait très bien consister à privilégier les matériaux naturels, en faisant fi de la performance énergétique qui pourtant est la principale source d’impact environnemental des habitats actuels.

Le bioclimatisme jouit lui d’une définition un peu plus claire : il s’agit, mais ce n’est que ma définition personnelle, de concevoir un bâtiment en profitant au maximum de son « écosystème » intérieur et extérieur. Par exemple, si je suis sur une parcelle ensoleillée, je vais profiter de ces calories gratuites. Si la zone est ventée, je vais m’en servir pour renouveler l’air du bâtiment. Pour l’intérieur, je vais prendre en compte la façon d’habiter des occupants mais aussi m’appuyer sur les matériaux pour faire jouer les engrenages du confort.

Finalement, peu importe les termes, je crois juste que l’important est de mettre en place une démarche pragmatique et honnête pour réduire l’empreinte environnementale de nos habitats. Faisons de notre mieux pour construire plus économe (pour nous comme pour les biens et services offerts par la nature), plus confortable, plus sain en ayant bien conscience que nous ne trouverons pas le Graal mais juste des compromis acceptables pour tous au prix de quelques efforts.

  • Les particuliers ou institutionnels pour qui vous travaillez sont-ils receptifs à ces notions?

O.M. : C’est une bonne question ! :)

Généralement oui et c’est d’ailleurs pour cela qu’ils font appel à moi. Ils ont, pour la plupart, conscience des problématiques « énergético-environnementales » et également l’intuition de solutions pour leur projet. Ils attendent souvent de moi que je leur apporte des éléments quantitatifs pour les guider et séparer le bon grain de l’ivraie dans leurs intuitions. Souvent, le particulier est noyé d’informations, parce que les marchands sont entrés dans le temple. Je leur apporte alors une information impartiale parce que je ne vends rien d’autre que mon assistance.

S’agissant d’assister les institutionnels, ce n’est pas si différent et cela fonctionne toujours mieux quand tout le monde est sur la même longueur d’onde avec l’envie forte d’un projet dont tous soient fiers, même les usagers.

  • Quels conseils donneriez vous à un particulier qui se lance dans un projet de construction?

O.M. : Prendre le temps de la réflexion.

La démarche de « faire construire » n’est pas anodine et a un impact plus violent et à plus long terme que l’achat d’une baguette de pain. Ils vivront sans doute de nombreuses années dans la maison qu’ils feront construire et il est même probable que le bâtiment leur survive. Alors autant parier dès le début sur la sobriété et l’efficacité énergétique, voire les énergies renouvelables.

Réfléchir aussi à l’implantation de leur bâtiment, parce que la problématique du mitage des terres, celles qui nous nourrissent, ne fait toujours pas florès mais risque fort de causer de gros soucis, peut-être même des banqueroutes là où on ne les soupçonne pas.

  • On parle souvent de surcoût  pour des constructions basse consommation, qu’en pensez-vous?

O.M. : Et pourquoi ne pas parler de sous-coût de la construction conventionnelle (et polluante)?! Oui construire une cabane de jardin de 100 m² coûte moins cher qu’une maison passive de même surface, mais peut-on comparer les deux ?

On ne peut continuer de juger un projet sur le seul coût de l’investissement initial parce que comme je vous le disais plus tôt, un bâtiment a une durée de vie d’au moins trente années, trente ans de consommation de toute sorte!

Si on juge à l’aune de ces coûts cumulés, que l’on nomme coût global, le bâtiment très-basse-énergie est rentable, il coûte même moins cher que le bâtiment conventionnel. D’ailleurs, c’est sur cette idée de rentabilité qu’est construit le concept « très-basse-énergie » et qu’il a été préféré aux bâtiments « positifs » ou « basse-énergie ».

Alors, oui, des comparaisons hâtives évoquent quelque chose comme + 15% de surcoût mais on prend le problème à l’envers parce qu’on ne va pas construire une maison passive en clonant une maison conventionnelle et en y accolant plus d’isolant et plus de technicité.

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Tags Economies d'énergies Performance énergétique 2 commentaires


2 commentaires

Très bon article et des idées claires et pragmatiques pour tous ceux qui hésitent encore à se lancer dans l’aventure de l’habitat sain.

lolo

lolo, le 22 septembre 2009 à 17:09

Article très intéressant, nous sommes sur le point de faire construire notre maison BBC(batiment basse consommation) en gironde(attente du permis de construire)celle-ci consommera 26Kwh /an/m2. Effectivement le cout est plus élevé et les sacrifices importants(plus petit terrain que souhaité,superficie habitable plus petite) mais nous pensons au futur de notre enfant et des siens.Notre démarche est eco et non financière( nous n’avons même pas pensé à la rentabilité de cette construction.

benoiton, le 24 septembre 2009 à 17:09


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