L’habitat éco-responsable

Construction bois et développement durable au quotidien

En cette Semaine Européenne de Réduction des Déchets, c’est l’occasion de présenter un type d’habitat très particulier : l’Earthship, littéralement « vaisseau de la terre ». Trois notions principales caractérisent ce genre de constructions : la mise en oeuvre d’une technologie durable, le recyclage de déchets, l’autonomie. Ce qui est loin des préoccupations des constructeurs de notre XXIème siècle.

Donnons la parole au fondateur des Earthship, l’architecte Américain Michael Reynolds : La compréhension des systèmes mécaniques pour la plupart des êtres humains est limitée à ce qui est à la portée de leurs doigts. Il est entendu que lorsque vous appuyez sur l’interrupteur, la lumière s’allume; lorsque vous ouvrez le robinet, l’eau chaude coule; lorsque vous appuyez sur le bouton, cela tire la chasse d’eau. Mais peu d’intérêt est porté à l’endroit d’ou provient l’électricité ou au type de déchets nucléaires qui ont été produit pour la générer. Peu de gens se demandent quelle nappe phréatique s’épuise à leur fournir de l’eau et quels produits chimiques ont été ajoutés pour la traiter. Où vont nos eaux usées et quelles sont les rivières et les lacs quelles polluent? L’état de notre planète nous dit que nous devons maintenant commencer à prendre la responsabilité de ce qui se passe hors de portée de nos doigts.  Pour ainsi dire, les préoccupations exposées dans ce blog…

Les premières constructions ont vues le jour à Taos au Mexique en 1994. L’idée de Michael Reynolds part du constat suivant : tandis que d’un côté nous épuisons les ressources naturelles de notre planète, de l’autre nous produisons des déchets en quantité importante. Il faut donc casser ce système sans fin. Après plusieurs expérimentations, les matériaux retenus pour la construction des Earthships actuels sont les bouteilles de verre, les canettes, et les pneus. Mais les matériaux ne sont pas tout. La conception d’un earthship repose sur une conception bioclimatique : les façades nord, est et ouest sont à très forte inertie (pneus remplis de terre), le toit est recouvert de terre et la façade sud est un immense capteur vitré. Faire accepter ce modèle de construction n’a pas été facile. Sous forme de prototype passe encore, mais de là à en faire un modèle économique, les pouvoirs publics sont rarement d’accord.

Aujourd’hui plus de 3000 Earthships se trouvent répartis aux quatre coins de la planète. En Europe, le premier prototype expérimental fut réalisé en 2000 à Strombeek en Belgique. Suivirent l’Angleterre, les Pays-Bas, l’Ecosse, et enfin tout récemment en 2007 la France, dans le village de Ger en Normandie. Cette construction est la première en Europe à disposer d’un permis de construire officiel et de toutes les autorisations légales pour l’autoproduction de ses ressources en eau et énergie. 

L’exemple de l’earthship de Normandie :

    La construction. La maison de 120 m2 (quatre pièces) est posée, ou plutôt enchâssée, dans un terrain de 1.292 m². Les murs porteurs des façades nord, est et ouest sont formés de piles de pneus usagés dans lesquels de la terre a été compactée et qui sont recouverts de mortier. A l’arrière de ces murs, une levée de terre jusqu’au niveau du toit permet de conserver la chaleur en hiver et la fraîcheur en été. La façade sud, quant à elle se compose de baies vitrées inclinées formant une serre tout le long de la maison. Des rideaux permettent d’isoler les chambres pendant les nuits hivernales ou les chaudes journées estivales. Des ouvertures manuelles sont également pratiquées dans le plafond de la serre afin d’évacuer l’air chaud en été et de faire entrer de l’air frais. La maison, qui ne dispose d’aucun système de chauffage ou de refroidissement devrait afficher toute l’année une température de 20 °C. Les murs internes eux-aussi sont issus de matériaux de récupération : briques de canettes entassées et de bouteilles de bière sciées et scellées. Ils sont recouverts d’un torchis à base d’argile. L’isolation à l’intérieur est réalisée avec du Métisse, coton recyclé.

    L’autonomie. Quant à l’énergie du logement, elle provient de panneaux solaires installés sur le toit et d’une petite éolienne plantée dans le jardin. L’ensembles est relié à des batteries pour stocker l’énergie produite par le soleil et le vent. Le toit métallique permet de récupérer les eaux pluviales qui sont stockées dans deux citernes et doublement – voire triplement – filtrées (pour l’eau de consommation). L’eau chaude sanitaire provient d’un chauffe-eau solaire de 160 litres. Des équipements à gaz permettent de faire la cuisine. L’écoulement de l’eau grise (lavabo, douche) se déverse sur un plancher revêtu de caoutchouc parsemé de pierres, de sable et de terreau. Elle sert à l’arrosage de plantes comestibles qui poussent dans la serre, sélectionnées pour leur résistance aux insectes. L’eau est ensuite à nouveau pompée pour être utilisée pour la chasse d’eau des toilettes. Les eaux usées enfin, issues de la cuisine et des WC, sont évacuées vers un jardin extérieur où elles sont diffusées et purifiées.

    Quelques chiffres.  750 pneus usagés,  10.000 bouteilles de verre, 2.000 canettes, 2.000 watts solaires, 400 watts éoliens, 1.300 m² de terrain (6.000 €), 120 m² habitables (4 pièces, coût de 190.000 €.
    Le déroulement de la construction en image.

Ces maisons sont parfois surnommées « maisons poubelles », terme que je ne trouve pas approprié. Car si d’un côté la construction est basée sur de la récupération, de l’autre, le matériel installé pour être autonome est très high-tech : panneaux solaires, éolienne, batteries, système de filtration de l’eau. Une maison en quelque sorte à deux visages.

Pour ceux qui voudraient adopter ce mode de construction, l’earthship de Bretagne est à vendre. Autre solution, l’architecte des earthships, pour qui la mutualisation est plus importante que la capitalisation des savoirs, propose un logiciel contenant des plans d’exécutions pour construire votre propre « vaisseau terrestre » à moindre coût.

 


Tags Autoconstruction Eco-construction Economies d'énergies Recycler Systèmes constructifs 12 commentaires


12 commentaires

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L’Earthship ou l’art du recyclage « pictocommunication, le 25 janvier 2013 à 08:01

Et les pneus en décharge sont considérés polluants mais quand c’est pour y habiter ça ne pollue plus ?
Les pneus sont interdits pour le revêtement des routes car extrêmement toxique dont l’eau de ruissellement avec la dégradation chimique.
Les cannettes se compactent avec le poids dans le temps. La cabane viendra à s’affaisser.
Si ce n’est pas le cas car beaucoup de ciment autour des cannettes pour soutenir alors autant se servir de parpaings qui utilisent moins de ciment au mètre carré. Vendre les cannettes au prix de l’aluminium est plus rentable et moins dangereux car l’aluminium est aussi toxique.

190 000 euros pour une construction comme ça ? Il faut vraiment être couillon.
Eco responsable ce n’est pas aider les industrieux à se débarrasser de leurs déchets toxiques mais bien de se servir de sa cervelle. Je suis persuadée que ce type de construction est proposé par les industriels eux mêmes. Ayez cooonnnfiance, utlisez nos pneus dont nous ne savons que faiiiire.

Lapine pas crétin, le 6 février 2013 à 18:02

Voici de quoi réfléchir

MAISON BOIS EN AUTO CONSTRUCTION 35 000,00 €
( France ) Société spécialisée en construction de maison bois propose son soutien technique pour réalisation de maison en parpaing de bois massif. Réalisation rapide et aisée pour tout public. EX: maison de 120 M² aux normes BBC pour 35 000€ selon finition. .

Réalisation également garage ou abri, pool house en parpaings de 100 à 150mm en auto construction.
http://www.toutypasse.com/maison-bois-en-auto-construction_aide-cabanon-jardin-en-parpaing-19m2-c30a880445p1

Lapine pas crétin, le 6 février 2013 à 20:02

On est dans un autre registre.
La on parle d’une totale autonomie. pas d’avoir un joli chalet en lego.

Le gars qui a penser les earthships est un militant un peu dingue du nom de Michael Reynolds. Il est tout sauf une entreprise véreuse, c’est a mes yeux un visionnaire qui a réussit a synthétiser l’autonomie, l’esthétique (selon mes gouts), un impact minime. Bref une des solutions radicales aux pollutions domestiques.
Bref une baraque comme cela avec des décroissants vivant en communauté. On sort tout droit de star war 1 quand luc sort de la ferme de son oncle.

http://www.youtube.com/watch?v=CxI9W_d8rmw
Voici le film « garbage warrior » on y voit un yankees qui a bien compris le concept de libre entreprise et du rêve américain version simplicité et humilité.

manoverde, le 22 juillet 2013 à 19:07

Bonjour,

En effet, les pneus sont très polluants.
D’ailleurs, il y aurait dans l’air ambiant des micro-particules de pneus que nous respirons tous les jours. C’est une info à creuser…

Certains affirment que de vieux pneus qui ont dégazé et qui sont recouverts de torchis de terre, ne présentent plus de toxicité dans un earthship (j’ai lu l’étude mandaté par le gouvernement américain qui conclut en ce sens, mais pas moyen de la retrouver dans mes archives pour fournir la référence). Je fais donc appel à la communauté francophone.

Earthship promunoty, le 3 octobre 2013 à 06:10

Concernant les murs en canette dans les earthship, ou en brique de verre d’ailleurs:

Ces murs ne sont pas porteurs (sauf de leur propre poids). L’ajout d’une lisse en bois tout les mètres environ permet de répartir les charges. Il n’y a de risque d’affaissement sauf en cas de mise en oeuvre mal réalisée.
Les efforts sont répartis et dirigés non pas sur les canettes, mais sur le ciment qui les entourent (effet nid de poule).

Quant au prix, tout dépend du niveau d’externalisation de la fabrication.
En auto-construction, le géonef hors système avoisinerait les 400-500 € /m2 (source auto-constructeur earthship France), ce qui reste plus faible que les autoconstructions en maison bois 800-900 €/m2 (source revue maison écologique).
Le delta est dans la quasi-gratuité de 2/3 des murs porteurs en pneus (pas besoin de traitement de surface extérieur et l’intérieur est recouvert d’un torchis en terre-paille-chaux. Idem pour la toiture où l’on économise les tuiles et gouttière. Le sol est en terre compactée. Etc ..

Earthship promunoty, le 3 octobre 2013 à 06:10

D’autant que le prix de la construction détaillé dans l’article (190 000€) doit beaucoup aux frais affolants engagés dans l’acquisition du foncier…

Merci de tes réponses « Earthship promunoty, ». Effectivement, il serait intéressant d’en savoir plus sur le devenir des pneus. Je trouvais l’idée de les recycler de la sorte assez attirante.

Sy, le 16 décembre 2013 à 11:12

Bonjour,

Il est évoqué à la fin de l’article la mise à disposition à moindre coût de plans d’exécution d’un earthship à construire soi-même.
Sauriez-vous où l’ont peut se procurer ces plans svp ?

Merci d’avance !

Camille, le 20 février 2014 à 17:02

Vous pouvez trouver des plans sur le site de « Earthship Biotecture » : http://earthshipstore.com/Earthship-construction-plans .

Christèle, le 21 février 2014 à 21:02

les pneus sont toxiques quand ils sont rapés (particules respirables) ou brûlés. sans friction et à température ambiante, la matière est stable et non toxique, d’où l’intérêt de recycler dans quelque chose qui ne demande ni transformation, ni combustion.
à l’heure actuelle, en france, on recycle les pneus en en faisant des aires de jeu pour enfant (je suppose qu’il s’agit du tapis amortissant qui recouvre les aires de jeu actuelles), la fondation des routes et des voies ferrées (là, je suppose qu’ils sont utilisés tels quels), les murs anti-éboulis ou avalanche (idem), le bitume, et la base de combustion de certaines usines. vous voyez qu’en majorité ils sont transformés ou brulés, ce qui est dangereux. en faire des maisons, des murs de sécurité ou des fondations de route est encore la façon la plus simple et la plus saine de recycler.
http://pneus.comprendrechoisir.com/comprendre/recyclage-pneu
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pneumatique_%28v%C3%A9hicule%29#Impacts_sanitaires_et_environnementaux

phuong, le 21 mars 2014 à 13:03

Bonjour,

Et pour le permis de construire – c’est difficile a obtenir en France ?

Danny, le 20 octobre 2014 à 12:10

C’est une initiative à saluer mais cela n’arrivera jamais pour le grand public. Impossible de récupérer des pneux chez nous un pneu acheté = un pneu renvoyé. Entasser des centaines de bouteilles ? …
Je crois bien plus aux solutions industrielles peu onéreuses car les particuliers ont 2 points faibles : leurs économies et leurs connaissances.

Tommy, le 24 octobre 2014 à 16:10


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